La « guerre d’État » contre les drogues, menée à coups de déclarations fracassantes et de mesures répressives, est un fiasco total. Ce constat, que nous martelons au CIRC depuis des décennies, vient une nouvelle fois d’être confirmé par un rapport parlementaire détaillé. Pourtant, comme d’habitude, le gouvernement l’ignore et poursuit une politique idéologique et inefficace. Cette obstination ne résiste pas à l’épreuve des faits, et il est grand temps de changer de cap.
Un constat accablant… qui ne surprend personne
Les députés Antoine Léaument (La France insoumise, Essonne) et Ludovic Mendes (Renaissance, Moselle) ont remis en février un rapport qui qualifie la « guerre contre les drogues » d’ »échec institutionnel ». Rien de nouveau sous le soleil : ce constat est partagé par la communauté scientifique, les experts en politique des drogues et les militants antiprohibitionnistes depuis des décennies. Pourtant, cette réalité est systématiquement balayée d’un revers de main par les gouvernements successifs.
Un simple chiffre illustre l’inefficacité de cette politique : selon Europol, il faudrait saisir 82 % des drogues importées pour véritablement entraver les organisations criminelles. Un objectif évidemment hors de portée, ce qui revient à admettre que la stratégie actuelle ne fonctionne pas. Les services de police eux-mêmes le disent : ils tentent de vider l’océan avec une petite cuillère (même si on leur donnait une louche, ils n’arriveraient pas à y parvenir).
L’amalgame honteux entre consommateurs et trafiquants
Plutôt que d’admettre l’échec de la prohibition, l’État persiste dans une fuite en avant absurde : culpabiliser les consommateurs. Le gouvernement a ainsi récemment lancé une campagne visant à faire porter aux usagers la responsabilité des violences liées au trafic. Une manipulation scandaleuse ! Les consommateurs ne sont pas responsables de la criminalité engendrée par la prohibition : ce sont les tenants de cette politique absurde qui le sont.
Le rapport souligne une évidence : « Lutter contre le consommateur ne permettra pas d’endiguer durablement le trafic de stupéfiants. » L’augmentation des amendes forfaitaires infligées aux usagers ne fait que nourrir une politique répressive inefficace, sans effet ni sur la consommation ni sur l’offre de drogues.
Démantèlement des points de deal : un écran de fumée
L’État communique fièrement sur les démantèlements de points de deal : 20 000 opérations en 2023, 12 000 au premier trimestre 2024. Mais ces coups de com ne changent rien. Les points de deal se reconstituent immédiatement après une descente de police. Le rapport pointe que ces actions ciblent avant tout les petites mains du trafic, des revendeurs facilement remplaçables, et mobilisent des ressources policières considérables… en pure perte.
Une autre approche est possible : la fin de la prohibition
Plutôt que de gaspiller l’énergie des forces de l’ordre dans cette guerre sans fin, les députés proposent une solution rationnelle : dépénaliser l’usage des drogues et concentrer les efforts sur les véritables criminels, ceux « du haut du spectre ». Une telle réforme permettrait de :
- Soulager les forces de l’ordre, aujourd’hui débordées par des tâches inutiles.
- Réduire l’impact du marché noir en organisant une filière légale et contrôlée.
- Protéger les consommateurs avec une régulation sanitaire basée sur des preuves scientifiques.
Le prestigieux journal médical The Lancet a récemment rappelé que « la guerre aux drogues est un échec, la prohibition ne marche pas ». Pire, elle aggrave la situation en criminalisant inutilement des millions de citoyens et en favorisant les réseaux mafieux. La revue souligne également que seulement 10 % des usagers développent une dépendance problématique, preuve que la diabolisation des drogues repose sur une exagération des risques.
Le dogmatisme du gouvernement face aux réalités économiques et sociales
Le rapport propose une alternative : la création d’une Autorité de régulation du cannabis, qui superviserait un marché légal. Aux États-Unis, 24 États ont déjà adopté des régulations du cannabis, générant un chiffre d’affaires de 25 milliards de dollars et 3 milliards de recettes fiscales en 2022. En France, on estime qu’une légalisation pourrait rapporter entre 240 et 360 millions d’euros par an. Mais ces perspectives sont ignorées par un gouvernement qui préfère s’enfermer dans une approche dogmatique.
Le CIRC appelle à un changement de politique
Nous le répétons depuis des décennies : la prohibition est criminogène et inefficace. Ce n’est pas « l’échec de la guerre aux drogues » qui nous amène à demander une légalisation, mais bien l’inutilité même de cette guerre, dont l’échec est une conséquence logique et prévisible. Ce rapport parlementaire est une confirmation supplémentaire de ce que nous dénonçons depuis longtemps. Il est plus que temps d’ouvrir un débat rationnel et fondé sur les faits.
Nous appelons donc toutes les forces progressistes à exiger un changement de cap et à rejoindre notre combat pour une régulation intelligente des drogues. Car, comme l’a dit Albert Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. »
📢 Rendez-vous le samedi 3 mai 2025, de 14h à 18h, sur la place de la République à Paris, pour la Marche Mondiale du Cannabis ! Rassemblons-nous massivement pour exiger la fin de la prohibition et revendiquer nos droits. Venez nombreux !
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Une tribune du journal Le Monde offerte par le CIRC : Alors que le gouvernement veut imposer, en vain, l’idée que prohibition et répression des usagers vont venir à bout du trafic de stupéfiants, l’essayiste Michel Henry regrette, dans une tribune au « Monde », qu’un récent rapport parlementaire proposant d’inventer un modèle français de régulation des stupéfiants ait été enterré sans débat.
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